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Gilles Besse : « j’ai passé ma vie à créer des vins »

Gilles Besse : « j’ai passé ma vie à créer des vins »

En 1993, Gilles Besse rejoint son oncle Jean-René Germanier pour co-diriger le domaine du même nom.

Il quitte alors le secteur culturel genevois dans lequel il évoluait, pour se former à Changins et démarrer sa carrière dans le vin, en Valais. Rencontre.

Gilles Besse est arrivé au domaine à un moment charnière, il y près de 30 ans. « Nous avions une page blanche à remplir au moment où la crise des années 80 avait quelque peu anéanti le marché du vin suisse. Les prix avaient chuté, des nouvelles écoles et formations ont vu le jour, et les envies étaient différentes. J’appelle cette période la révolution qualitative et nous avons opté pour la valorisation des terroirs, des cépages, des modes de vinification et de l’utilisation des barriques. J’ai eu une chance extraordinaire d’arriver à ce moment-là. Quand j’ai commencé, il y avait 7 vins à la carte, contre 30 aujourd’hui. J’ai donc passé ma vie à créer des vins. 

Pionnière dans l’œnotourisme, la cave transforme rapidement les lieux en un espace d’accueil et met sur pied des programmes de visites et de dégustations. Aujourd’hui, c’est un lieu prisé pour tous types d’événements, du séminaire d’entreprises jusqu’aux mariages.

 

Jean-René Germanier et Gilles Besse

Domaine Jean-René Germanier, depuis 1896

Le Domaine familial se situe dans le hameau de Balavaud, sur la commune de Vétroz en Valais. Avec sa trentaine d’hectares de culture bio démarrée en 2011, la cave Jean-René Germanier fait partie des plus gros producteurs de vins bio en Valais. « Nous encavons un peu plus de 150 hectares de vignes dont une cinquantaine que nous travaillons nous-mêmes, en propriété ou location. Ce qui représente environ 800’000 bouteilles de vin par an que l’on vend à notre nom et quelques gammes pour d’autres clients. »

La philosophie du domaine Jean-René Germanier a toujours été de placer le produit au centre et cela passe par la compréhension des raisins, leur provenance, le moment idéal pour la vendange, etc. L’entreprise compte une vingtaine de personnes au niveau de la cave et à l’administration, et l’équivalent de vingt temps pleins pour le travail de la vigne, avec des variations saisonnières fortes. « Nous engageons des personnes formées et orientées qualité, car la production de vin nécessite des compétences pointues. »

 

Coteau d’Ardon

« La Suisse peut être fière de ses vins »

En l’espace de bientôt 30 ans, Gille Besse a vu évoluer le monde du vin suisse et dresse un panorama positif : « En Suisse, certaines régions bougent plus que d’autres, mais la nouvelle génération pousse le secteur à évoluer. À l’époque, le protectionnisme en place a quelque peu ralenti l’évolution du vin suisse. Il était interdit d’importer du vin tant que l’on n’avait pas vendu toute sa production. Les Suisses étaient comme condamnés à boire leur propre vin, ce qui pèse encore aujourd’hui sur l’image du vin suisse »

Si les vins Suisses manquent de reconnaissance au niveau international par manque de volume d’exportation, ils ont pourtant le vent en poupe au pays, notamment grâce à la prise de conscience d’une consommation toujours plus locale. « La difficulté principale est de franchir la barrière culturelle et linguistique du Röstigraben pour faire connaître ses vins. Il faudrait que les jeunes encaveurs organisent des Dine & Wine à Zurich faire pour faire découvrir nos vins. »

 

« Les vignerons doivent multiplier leurs canaux de distribution »

La crise sanitaire, engendrant la fermeture des restaurants et l’annulation des événements et des foires, a fortement impacté les vignerons. Pour Gilles Besse, ces derniers doivent chercher à intensifier leur visibilité : « Les vignerons doivent multiplier leurs canaux de distribution. Le temps où les clients venaient acheter leur vin annuel au Comptoir Suisse est révolu. Aujourd’hui, les clients achètent un peu partout : en ligne, en magasin, à son ami vigneron, lors d’une visite de cave, etc. Il faut capter l’air du temps pour développer ses ventes et passer au digital. Chez Jean-René Germanier, nous avons fortement développé notre présence en ligne depuis le début 2020, une chance alors que la crise sanitaire arrivait. Avec nos campagnes sur les réseaux sociaux notamment, nous avons multiplié nos ventes par cinq en une année ».

 

« Les gens veulent voir le vigneron derrière le vin »

Booster sa communication en ligne ne fait pourtant pas tout. Le client s’intéressera également à un vin en fonction de son histoire et de ses artisans. Si Gilles Besse et son domaine ont pu profiter de la notoriété apportée par l’émission Al Dente diffusée pendant 15 ans sur la Radio Télévision Suisse (RTS), il encourage les vignerons à se positionner davantage sur le devant de la scène. « Aujourd’hui, les vins sont quasiment bons partout. Le client va alors faire son choix en fonction du vigneron lui-même. Je ne peux que conseiller aux producteurs de parler de leur histoire, de présenter leur domaine et leurs vins avec toute leur passion »

 

Chai à Cayas | Cave Jean-René Germanier

« Dans les accords mets-vins, il faut parfois se permettre de l’audace »

Amoureux du voyage et curieux de la gastronomie en général, Gilles Besse nous parle de ses plats préférés par l’émotion qu’ils lui font ressentir, avant même leur goût. « C’est surtout cette belle notion de terroir qui apporte la profondeur aux bons produits. La raclette fait clairement partie de mes plats préférés, et cela tombe bien car j’en mange souvent. Mais pour que le repas soit réussi, il faut que le fromage soit bon. Côté vin, je suis plutôt blanc, le vin de la convivialité, je dirais même que le chasselas est notre boisson quotidienne (rires) ! »

Les goûts évoluent avec l’âge, si bien qu’aujourd’hui, Gilles Besse apprécie tout particulièrement les vins veloutés et souples tels que le Pinot Noir. « À 30 ans, j’adorais une Syrah un peu corsée. »

Dans les accords mets et vins, l’ouverture d’esprit est de mise : « Je trouve intéressant de tester de nouveaux accords, mais il faut parfois se permettre de l’audace. Un vin rouge peut très bien accompagner un poisson. Il y a des règles, mais on peut toujours les dépasser selon l’environnement et les circonstances. »

 

En savoir plus sur le domaine Jean-René Germanier : www.jrgermanier.ch

 

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