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Christelle Conne, le vin comme un voyage

Christelle Conne, le vin comme un voyage

La Vaudoise ne devait pas reprendre la cave familiale.

Mais celle qui a commencé dans le tourisme s’y sent si bien.

 

Jamais le père n’avait imaginé transmettre sa Cave Champ de Clos à l’une de ses deux filles. Pour Jean-Michel Conne, le vin était histoire d’hommes, et donc son fils était royalement imaginé pour la succession. Quand il lui a fallu se résoudre à passer le témoin à Christelle, ce n’était sans doute pas de gaieté de cœur. Mais la trentenaire était prête à défendre le domaine de Chexbres que ses ancêtres ont créé il y a plusieurs siècles. «Je ne pouvais pas imaginer laisser perdre cela, je me sentais une responsabilité dans cette transmission.»

Christelle Conne dirige donc Champ de Clos depuis dix ans, avec l’aide du fidèle œnologue Olivier Wälchli et de sa mère, tout en s’occupant de ses deux enfants de 5 et 2 ans. Elle vient d’ajouter une tâche de plus dans son agenda: celle de membre du comité de la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois, où elle côtoie quelques anciens de la profession qui l’ont accueillie avec gentillesse.

 

Attendue au tournant

«Bien sûr, quand j’ai repris de mon père, certains m’attendaient au tournant. Mais la vigne est devenue naturellement une affaire de femmes, même si nous sommes encore minoritaires. Ce qui me dérange plus, ce sont encore quelques vieilles querelles de villages ou d’appellations. Nous devons travailler comme un ensemble dans le canton, face à un monde qui est toujours en changement.»

La pandémie l’a frappée de plein fouet, elle qui avait misé sur les touristes et la restauration pour vendre les vins de ses dix hectares de vignes, qu’elle partage entre Lavaux (et beaucoup de chasselas), le Chablais (chasselas et spécialités) et Bonvillars (une terre à pinot noir). «Aujourd’hui, il faut beaucoup se bouger pour vendre, inventer des événements, raconter des histoires avec et autour de nos vins.» Sa dernière trouvaille en période de Covid – utiliser sa capite de vigne de Saint-Saphorin à la vue spectaculaire pour rassasier les promeneurs de mets et de vins – n’a pas eu l’heur de plaire à la Police du commerce. Mais elle se relancera le printemps venu avec les autorisations nécessaires.

 

Christelle Conne et Olivier Wälchli, oenologue

 

Profil atypique

Dans le même temps, ne pas avoir commencé sa carrière dans le monde du vin est aussi une de ses grandes forces. Petite, avec sa sœur, elles avaient le droit de déguster, et elle en a gardé un palais affiné même si, «aujourd’hui, je ne goûte presque plus que mes vins», regrette-t-elle. Elle a ensuite pris la voie du tourisme, préférant l’école de Sierre, davantage orientée voyage, que celle de Lausanne, elle qui n’avait pas envie d’entrer dans la restauration. Même si elle rêve aujourd’hui d’ajouter une table d’hôte à son carnotzet de Chexbres.

Des voyages, elle en a fait, en particulier en Afrique du Sud, où son père était associé dans un domaine, ou au Chili. C’est là qu’elle s’est rendu compte de la richesse de son propre paysage. Elle a ensuite été responsable de l’équipe événements chez Rivella, gros sponsor de manifestations sportives. Un poste qu’elle a quitté avec un pincement au cœur pour reprendre Champ de Clos.

 

Passeuse

Un héritage comme un passage à la maturité, puisqu’il faut y travailler sur le long terme, convaincre les clients et les fidéliser, innover pour mieux les recevoir. «Les vins vaudois doivent retrouver leur place de choix sur les tables, c’est aussi pour cela que je me suis engagée à la CIVV. Oui, ils sont parfois chers mais ils sont de qualité. Les gens sont tellement à la recherche de rabais qu’ils achètent parfois des vins étrangers sans se poser les questions qu’ils nous posent à nous, en termes de qualité, d’environnement ou de réglementation.»

La maman de Noé et de Julie n’a pas encore imaginé que ses enfants lui succèdent un jour. «Je ne veux leur mettre aucune pression pour une éventuelle reprise.» Mais elle se bat chaque jour pour conserver cette cave, en cachant sa timidité naturelle avec un sens de l’accueil hors du commun. Et la battante aime aussi ses moments de solitude, où elle peut lire, et lire encore, sa passion.

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